Elle a quasi disparu de la scène pendant trente ans. Certes, elle a fait encore quelques apparitions sur les plateaux de Pascal Sevran ou Michel Drucker. Mais Georgette Lemaire n’a jamais connu la carrière qu’on lui promettait alors qu’elle enchaînait les victoires au Jeu de la chance (télécrochet ancêtre de la Starac) en 1965, « battue » en finale par une certaine… Mireille Mathieu, devenue rapidement la protégée de Johnny Stark. Georges Brassens la prendra sous son aile, elle remportera bien le Grand Prix de la chanson populaire française (1972), chantera au Royal Albert Hall de Londres, connaîtra le succès avec Vous étiez belle Madame (titre écrit par Jean-Jacques Debout et Pascal Sevran), mais sa vie sera aussi faite d’une succession de visites d’huissiers, d’expulsions… Aujourd’hui, Georgette Lemaire retrouve la scène, notamment avec la tournée Âge tendre et têtes de bois. Et découvre que le public ne l’a pas oubliée, elle qui a baptisé son dernier album, paru l’an dernier, Inoubliable…Pourquoi ce titre ? C’était une crainte que vous aviez ?Il y a un peu de ça. Mais c’est surtout en l’honneur de Marie Trintignant. C’était une femme assez libre, j’aimais bien son timbre de voix… Elle était en dehors des normes. Je suis attirée par ce genre de personnage, comme Patrick Dewaere, Marlon Brando…Vous êtes, vous aussi, en dehors des normes… Pourquoi ne vous a-t-on pas vue plus souvent ?Je ne sais pas… On ne me demandait pas… Je n’ai pas chanté pendant trente ans. Et puis, dès le début, il y a eu cette rivalité avec Mireille Mathieu. J’ai vu que c’était cuit. Je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé, puisque je n’étais pas là. Mais Johnny Stark était un homme d’affaires et il a fait son choix…Cela vous a marquée…Cela m’a empêchée de travailler et de gagner ma vie… J’ai donc subi des expulsions, un tas de choses… Mais j’ai toujours combattu. Je ne veux pas rester sur des défaites.L’enthousiasme du public doit vous faire chaud au coeur ?Bien sûr ! Vous vous rendez compte, après trente ans, ils pensent encore à moi ! Parce qu’au départ, j’avais peur… Je pensais qu’ils étaient passés à autre chose.Vous avez récemment raconté votre vie dans un livre intitulé « À m’en déchirer le coeur ». Pourquoi cette mise à nu ?Je ne suis pas la première à le faire. Vous savez, ma vie privée, le public a le droit de la connaître. C’est lui qui m’a élue. Pourquoi je raconterais des bobards ? Et puis il n’y a pas grand-chose dans ma vie privée…Vous racontez que vous avez écrit à François Mitterrand…Bien sûr, parce que j’étais sur le trottoir avec mes valises. Et il m’a aidée. C’est un homme qui restera à jamais dans mon coeur. Il m’a sauvé la vie.Et Jacques Lang, qui vous a donné le titre de chevalier des Arts et des Lettres, il reste aussi dans votre coeur ?Moins. C’est Mitterrand qui prime.C’est une fierté d’être chevalier des Arts et des Lettres ?Je ne sais pas… Est-ce que je le suis vraiment ? Je ne suis jamais dans les réunions, les cocktails… Pour moi, ce n’est pas concret.Votre album a été réalisé avec vos fils, Antoine Blanc et Pascal Lemaire (alias SKALP), qui a collaboré avec David Guetta. Cela vous arrive d’écouter ce genre de musique à la radio ?Jamais ! Je n’écoute pas la radio, parce qu’ils coupent tout le temps les chansons…Et dans l’idéal, votre choix se porterait sur quoi ?Cela va vous étonner, mais j’opterais pour les chanteurs américains comme Sinatra, Barry White… Et puis j’aime aussi Ornella Vanoni… Bon, bien sûr, j’aime beaucoup ce qu’a fait Charles Trenet. Et Charles Aznavour, c’est le summum pour moi.Il a dit des choses très belles sur vous…Oui, mais ce n’est pas pour ça. J’aime ce qu’il fait. Dans ses paroles, c’est ma vie qui se balade. Et puis je n’oublie pas que cet homme, avant d’en arriver là où il est aujourd’hui, il en a bavé beaucoup…Vous avez eu des regrets dans votre vie ?Oui… De ne pas être partie en Amérique à un moment où on me l’a demandé. Mais je ne voulais pas prendre l’avion, parce que j’avais peur de laisser deux orphelins. Et puis, ma mère était malade.Et ne pas avoir fait l’Eurovision en 1972, vous le regrettez ?Non, parce que je ne voulais pas… J’avais accepté pour faire plaisir à M. Hazan. Mais entre-temps, Johnny Stark a placé Betty Mars (avec Comé-Comédie ). En fin de compte, j’ai été exaucée (rires).